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Actualité

« Le Télégramme » 16 mai 2017

 

« Je vis un conte de fées », s’enthousiasme l’artiste peintre Éric Le Pape. Un conte écrit entre terre et mer, au fil d’un parcours singulier, où pinceaux et couteaux tiennent lieu de baguette magique. Si l’on avait annoncé à l’adolandernéen, s’engageant à l’École des mousses, qu’arrivé à la cinquantaine, cinq galeries en France,une à Londres et deux aux États-Unis présenteraient des expositions permanentes de ses œuvres ou qu’une société canadienne de vêtements de luxe créerait des modèles à partir de ses tableaux, il aurait vécu tout autrement son entrée dans la Marine. Parce qu’à l’heure de revêtir l’uniforme, faute d’adhésion paternelle, Éric Le Pape tire un trait sur son ambition d’intégrer les Beaux-Arts.

Depuis ses 7 ans, âge auquel son institutrice repère des dons évidents, ses parents lui offrent des cours de dessin. À Landerneau, trois professeurs successifs l’accompagnent dans sa maîtrise des arts plastiques. C’est d’ailleurs le dernier, Fañch Bernard, qui le poussait à poursuivre dans cette voie.
Mais en entrant dans la Marine nationale, Éric Le Pape n’est pas amer. « Je satisfaisais d’autres rêves : de navigation, de voyages et d’aventures humaines ». Il s’oriente vers l’aéronavale. De 1982 à 2009, il mènera une carrière épanouissante, achevée au grade de Maître principal. Mécanicien spécialisé dans
les moteurs d’avions de chasse (de l’Étendard au Rafale), il découvre une partie du monde à bord
des porte-avions Foch, Clemenceau et Charles de Gaulle. Ses escales à Djibouti, au Liban, aux États-Unis, au Canada, constituent des souvenirs marquants.
Corps à corps avec la toile
En devenant militaire, le jeune homme laisse tomber crayons et pinceaux. Mais il suffira de lavisite d’une exposition pour que la passion se réveille. D’abord en douceur. Il renoue par le dessin, croquant surtout des femmes en noir et blanc, expose dans des bars. Rapidement, il a le sentiment de tourner en rond, revient à la couleur – « l’univers absolu ! », s’exclame-t-il – et àson sujet de prédilection, le littoral breton. Éric Le Pape adopte couteau et acrylique, mieux adaptés à sa vie embarquée, et crée sur la toile ses univers maritimes. Il participe à des salons de peinture, gagne en confiance en remportant régulièrement des premiers prix, souvent devant des professionnels. C’est le cas en 2002 à l’important Salon du Léon à Landivisiau (29), où sa vision d’un paysage de Portsall (29) est couronnée par le jury.
« À cette époque, mes tableaux ont déjà une patte plus moderne », rapporte Éric Le Pape. Le début du millénaire est une période heureuse : mariage avec Sandrine et naissance de ses deux filles. « J’éprouve alors une joie et un bien-être intenses qui se reflètent dans les couleurs que j’utilise ».
2005 est une année décisive.
La Marine le mute à l’état-major en région parisienne. Femme et enfants restant dans la maison familiale de Plougar, où il possède son propre atelier, le célibataire géographique occupe alors tous son temps libre à peindre, libérant une force créatrice de plus en plus féconde et vitale. « J’ai une mémoire photographique, confie-t-il, elle me permet de fixer mentalement les paysages ».
Pour autant, l’artiste ne cherche plus à les reproduire fidèlement. Parti du figuratif, il tend vers une certaine abstraction. Ses maisons et bateaux biscornus identifient son style autant que son emploi de couleurs puissantes, intenses : bleus outre-mer et céruléum, rouges carmin, jaunes de cadmium…
Nourri de Cézanne, Van Gogh, Gauguin, mais aussi des peintres de la Marine Michel Jouenne et Stéphane Ruais, il développe un univers très personnel. À l’instar de Nicolas de Staël – une de ses références majeures -, son acte de peindre est un corps à corps avec la toile, un engagement de tout son être, physique et psychique.
Ambassadeur de la Bretagne
À l’heure de sa retraite de la Marine, la question ne se pose pas vraiment. Il s’engage entièrement dans une vie d’artiste peintre professionnel. La demande ne cesse de croître. Dès 2006, la galerie Ty-Aven, dans cette Mecque de la peinture qu’est Pont-Aven, présente ses toiles, bientôt suivie d’une à Honfleur, dans le Calvados, où la clientèle parisienne en villégiature se laisse vite envoûter par ses visions du littoral. Ce sont les seules galeries qu’Éric Le Pape démarche lui-même. Toutes les autres qui accrochent aujourd’hui ses œuvres sont venues le solliciter, qu’elles l’aient connu à travers ses expositions ou via son site internet, conçu par la société Expression de Landivisiau. La visite d’Américains, venus spécialement de La Nouvelle-Orléans pour le rencontrer à Plougar, laisse un souvenir impérissable à ce fantastique
ambassadeur de la Bretagne !
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auteur Frédérique Jambon, pour le Télégramme