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Actualité

Figuration critique ?

Bonsoir les loulous, ça gaze(tte)? Bon ok c’est une peu nul comme blague !…
Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de passer à la FIAC le weekend dernier, mais aujourd’hui je vais vous parler d’un événement passé en septembre dernier au Bastille Design Center à Paris. Je vous encourage à y aller l’année prochaine d’ailleurs !!!
Claude Duvauchelle, le Président de l’exposition propose une visibilité à tout artiste impliqué dans une démarche artistique personnelle, réalisant un travail de qualité d’une forte implication, réunit sous le thème de la « figuration critique ». L’occasion pour moi aujourd’hui de vous parler d’une des exposantes, pour son talent, mais aussi parce que c’est une amie qui m’est chère et dont j’admire le travail. Aujourd’hui je vous parle donc de Marion Six, artiste peintre contemporaine, qui a eu le courage de choisir sa voie, d’assumer ses envies les plus profondes et de consacrer sa vie à l’art. Finalement on appelle artiste celui qui consacre sa vie à produire de l’art, non ?

Cette exposition m’a fortement marquée, d’une part parce que le lieu est sublime: une ancienne
quincaillerie industrielle avec grande hauteur sous plafond, une belle luminosité, du bois et de l’acier. Un cadre de rêve en somme.
D’autre part, car j’ai ressenti une réelle force créatrice qui se dégageait de l’ensemble des 67 artistes. Une cohésion artistique même au travers leurs différences. Nous nous sommes interroger avec Marion: existerait-il un mouvement contemporain de l’art aujourd’hui? Celui de la volonté de s’exprimer, d’être sincère et de travailler la matière. « Figuration critique »pourrait être ce mouvement, mais nous n’avons pas le recul nécessaire pour l’affirmer.
Marion je l’ai rencontrée lors de nos études d’architecture ; après notre diplôme elle a suivi son coeur et s’est consacré à son oeuvre. Initiée aux arts graphiques depuis son plus jeune âge, ses projets touchent aujourd’hui surtout au corps humain. Axé principalement sur le nu féminin, son travail mêle visages
expressifs, corps énergiques et poses lascives. Elle utilise aussi la peinture comme outil de recherche pour trouver une forme de pudeur dans la représentation de l’intimité de la femme contemporaine.
Pour en savoir plus sur l’artiste qu’est Marion, voici un petit interview dans laquelle elle se dévoile un petit peu pour nous, amateurs :
 » Déborah – On est là pour le salon Figuration Critique, on est le jeudi 15 septembre 2016 , premier jour de pluie et nous sommes ici pour ta première exposition dans ce salon, c’est bien ça ?
Marion – C’est la première fois que je participe à ce salon, mais c’est mon troisième salon.
Déborah – Quelle toile as-tu choisi d’exposer?
Marion – « Etude d’intimité n°7 »
D – Qu’est ce qui t’a poussé à changer de voie après le diplôme d’architecture? Est-ce que c’était naturel ou était-ce un choix? Est ce que tu as été vers l’art, où bien l’art est venu à toi?
M – Je pense qu’il y a un peu des deux, c’était un choix dans le sens où j’ai décidé d’en vivre. J’avais  travaillé un peu avant en agence d’architecture, en stage ou en CDD. D’un autre coté, je n’ai pas l’impression d’avoir réellement choisi parce que c’était ma passion depuis toute petite et que je ne me suis pas posé la question de savoir si j’allais faire ça – j’avais envie de le faire et cet élan ne m’a pas quitté
depuis. Le seul choix que j’ai vraiment fait, c’est d’en faire mon métier à plein temps.
D – Aujourd’hui, tu as ton propre atelier ?
M – Alors oui, j’appelle ça mon « atelier » mais ça reste une petite pièce de mon appartement, à côté d’Annecy, en Haute-Savoie. Elle mesure 12m2, bâchée de haut en bas et me permet de peindre sur les formats que je veux. Aujourd’hui elle est suffisante mais ce n’est pas encore un vrai atelier à part entière.
D – Le fait de quitter Paris était-ce lié à ton art?
M – Non pas du tout, j’avais même un peu peur de quitter Paris et son univers culturel si enrichissant, je suis partie pour des raisons financières.
D – Tu te plais près d’Annecy ? Ca t’inspire ?
M – Oui, c’est inspirant, j’ai beaucoup plus d’espace pour peindre; une vraie pièce dédiée à mon travail où
je ne mélange pas tout. Je ne patauge plus dans mes tubes le matin en allant petit déjeuner haha ! Puis j’ai une superbe vue sur les montagnes, le grand air, donc forcément, je pense que ça joue sur mon
inspiration. Même si j’aimais beaucoup peindre à Paris, j’apprécie d’avantage le cadre vie que j’ai aujourd’hui.
D – Comment se passe ton quotidien? Y a t’il des phases créatives ? Ou peins-tu non-stop ?
M – Pas du tout de non-stop mais justement oui, je fonctionne plutôt par « phases ». Durant une semaine
ou deux je vais être plongée dans un sujet au point de ne pas vouloir faire autre chose ni même avoir une vie normale à ce moment là, puis et à d’autres moments, c’est l’inverse et le vide laisse place à quelques
angoisses. Je suis obligée d’avoir confiance en l’avenir, parce qu’en art quand on force les choses, on ne trouve pas. On ne sait jamais ce qu’on créera demain mais d’après mon expérience, j’ai dû accepter que ce rythme soit irrégulier avec des pics de création intenses et des moments plus calmes. (…)
D – Ce n’est pas évident aujourd’hui de se faire une place, malgré tout, tu as été contactée à de maintes reprises par des galeries, des salons etc. C’est quand même une prouesse !?
M – S’agissant d’Art en Capital, c’est vrai que c’est un salon prestigieux qui a lieu chaque année au Grand Palais, mais en pratique pour y accéder, il suffit simplement de remplir le dossier d’inscription et que la photo de l’oeuvre choisie plaise au comité de sélection. C’est un événement important aujourd’hui dans le milieu de l’art. Moi, je l’ai connu en tant qu’amateur quand j’étais étudiante et que j’avais le temps de flâner dans toutes les expo parisiennes. Après m’être lancée professionnellement en art, je me suis alors dit que je pouvais tenter ma chance et postuler à mon tour !
D – Tu as le titre « artiste », tu es inscrites à la maison des artistes c’est bien ça ?
M – Oui, je suis affiliée à la maison des artistes en tant qu’artiste-auteur. On est d’abord inscrit, un numéro d’ordre nous est attribué puis on devient affilié si nos revenus artistiques de l’année précédente sont jugés suffisants. Ce régime déclaratif me permet de payer des impôts comme tout le monde, d’avoir
une couverture sociale et une reconnaissance en tant qu’artiste professionnelle.
D – D’accord, finalement le diplôme des Beaux Arts n’a pas été nécessaire ?
M – Je ne veux pas le dénigrer mais pour ma part, non. Un artiste peut être reconnu de pleins de manières. Autodidacte? Je ne pense pas l’être non plus parce que j’ai pris des cours depuis toute petite
et finalement je n’ai pas arrêté de travailler dans le milieu. Le passage par l’école des Beaux Arts ne me semble pas nécessaire, même si ces études doivent être extrêmement enrichissantes. Si par exemple
toi demain tu décidais de te lancer en art tu pourrais tout à fait, ta légitimité dépendrait juste de la qualité de tes créations et non pas d’un grade ou d’un diplôme. Malheureusement, même au regard des milliers d’artistes autodidactes talentueux que l’histoire à connue, ne pas être passer par cette voie peut entraver ta crédibilité auprès de certains dans la société, j’en ai d’ailleurs déjà souffert.
Pour moi, même un artiste qui peint la moitié du temps parce qu’il n’arrive pas à joindre les deux bouts
reste un artiste.
D – Après, il est difficile de « partitionner son cerveau »,  non?
M – Si je ne faisais pas ça 100% du temps, que ce soit de la communication (autour de mon travail) ou de
la réflexion, je pense que je ne serais pas autant investie dans mes oeuvres et que je n’y arriverais pas. Mais ça reste personnel.
D -D’accord. Donc revenons au salon « Figuration critique ». Tu me parlais des autres artistes exposants
: des artistes affirmés et qui pratiquent leur art depuis longtemps. Tu me disais aussi que tu rougissais un peu par rapport aux autres car tu te sentais un peu une « bébé artiste »?
M – En effet haha ! Comme cela faisait deux ans qu’on me parlait de ce salon et que le Président me demandais d’y participer, j’ai eu le temps de beaucoup réfléchir et de voir, grâce au catalogue des éditions précédentes, le travail des artistes sélectionnés : très marqué, très identifié, très fort finalement. Je n’y voyais pas forcément ma place parce que c’est « le doute » qui guide mon travail. J’avais  l’impression, contrairement à eux, d’avoir plusieurs de sujets d’études, plein de recherches en cours. J’ai
besoin sans arrêt de rechercher différentes manières d’affirmer plastiquement mon sujet pour qu’en terme de rendu, ça match avec le fond de ma pensée. Et, pour revenir au salon, je n’avais pas l’impression d’avoir la même puissance d’engagement et une cohérence dans l’ensemble des mes oeuvres.
D – C’est une sorte de psychothérapie qui passerait par l’art?
M – D’une certaine manière peut-être. Si j’ai choisi de faire ça ou si l’art m’a choisi c’est que j’avais besoin de m’exprimer de cette façon. Ca me fait du bien, ça me plait, c’est un vrai bonheur de peindre au  quotidien. Puisque ça a toujours été présent chez moi et que je le reconnais aujourd’hui comme un  besoin, je dois certainement « réparer » quelque chose en moi quand je crée, enfin, c’est possible.
D – Ta série « étude d’intimité » relève d’un choix plastique mais aussi introspectif ?
M – Oui, je pense. Si je ne m’y retrouvais pas, je ne travaillerais pas sur ce sujet là.
D – Tu préfères représenter le corps de la femme plutôt que celui d’un homme, pourquoi ?
M – Alors oui, il doit y avoir certainement plus de sincérité pour moi dans le fait de travailler le corps féminin que le corps masculin. Ce ne ne sont pas nécessairement tous des autoportraits mais cela s’en rapproche, c’est une manière de parler de moi et d’exprimer certains sentiments.
D – Ma dernière question est à propos du nom du salon « FIGURATION CRITIQUE ». Est-ce un mouvement contemporain qui pourrait être reconnu par l’histoire de l’art ? Un mouvement d’expression sincère qui s’opposerait à un art commercial que l’on retrouve chez un Jeff Koons par exemple?
M – Dans la démarche je ne sais pas si Figuration Critique peut devenir un mouvement. Je pense que ce serait bien mais pour moi ce n’est pas forcément l’objet. Je me rends compte que tous les artistes exposants ont une revendication sur la manière de voir l’art aujourd’hui et de défendre leur expression qui est la leur. Ils l’affirment encore d’avantage en participant à ce regroupement d’artistes singuliers, tous avec leur propre vérité et leur sincérité. Une âme parfois plus sensuelle, parfois plus sombre. Et derrière toutes ses toiles, il y a une personnalité. Je me rends souvent compte, en apprenant à connaître les autres artistes, que chacun  » correspond  » à son oeuvre en quelque sorte.
Ce qui prime pour tous les artistes représentés dans ce salon c’est l’émotion que l’on ressent devant l’oeuvre, peu importe que le discours et l’histoire soient donnés, les oeuvres parlent d’elles mêmes et pour moi c’est ça la définition d’un art vrai.
D – Ce que je trouve très beau c’est justement la juxtaposition des personnalités qui créé une unité malgré vos univers si différents. Dans cette harmonieuse disparité, tu t’inscris parfaitement. Je trouve cela très beau, Bravo Marion ! « 
(…)
 
Figuration critique ?
– webzine : Les Gazettes Bétonnées
– www.lesgazettesbetonnees.com
– 28 octobre 2016 – Article de Déborah Bettan