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la frustration du galeriste

Taureau 1/8

Cela fait quasi quinze ans que je fais ce métier… Et bien que tout d’abord je travaillasse (mon dieu, j’espère que l’emploi du subjonctif imparfait est juste !) dans l’art primitif, je traine avec moi cette même frustration de voir partir des œuvres trop peu gardées avec moi. C’est aussi une réflexion que j’entends souvent de la part de mes clients : « ça ne vous dérange pas de voir partir des choses que vous aimez ? 

-Si bien sûr que si. Mais l’on vend bien ce que l’on aime bien… et je me dis que j’en aurai d’autres, que j’en verrai d’autres, que j’en trouverai d’autres, qu’il y aura toujours des œuvres pour me transporter… et toujours des gens pour les aimer autant que moi. »

Dans l’art primitif j’ai « laissé passer » des merveilles que jamais plus je ne retrouverai. Tout d’abord parce que dans l’art primitif les objets sont réellement uniques, leur histoire est réellement unique et qu’une maternité Kongo n’en vaudra jamais une autre. Mais aussi parce que cette époque est révolue pour moi. Désormais je suis ancré à Megève et mes voyages ne sont plus que de l’agrément.

Toute fois je retrouve cette même frustration dans mon travail de galeriste d’aujourd’hui lorsque je viens de recevoir une œuvre et que je la vends sans avoir pu la montrer à d’autres, sans avoir pu en parler à d’autres. L’art est un lieu d’échange. Chaque spectateur à son oeil propre… Je ne vois que des goûts, des inclinaisons, des sentiments sur un travail ou une pensée. Certes l’art est un luxe (au sens où l’on peut vivre sans), mais l’art est un luxe qui nous permet l’échange et donc de nous rassembler autour de quelque chose. Nous nous définissons en partie par ce que nous aimons. Nous nous définissons en tant qu’individus, mais aussi en tant que groupe d’individus. L’art permet cela et nous offre de nous sentir grandis par la beauté.

Le beau appartient à tout le monde, que l’on soit acheteur ou « spectateur », ou juste passeur comme moi. La frustration n’est pas dans le fait que je ne possède pas les œuvres que j’expose, mais dans la rapidité de leur vente (et là encore un esprit trop pragmatique trouverait à redire dans cette frustration), néanmoins parler des choses que l’on aime est une compensation sans cesse renouvelée. Alors voilà, cela fait de nombreuses années que nous travaillons ensemble avec Brigitte Téman et nous savons l’un et l’autre que ses sculptures ont trouvé leur public à Megève.

Ce taureau que je mets en photo sur le site a été vendu en le sortant de son emballage, ou presque. Mais je ne peux m’empêcher de le montrer car l’avantage de travailler avec un sculpteur en tant que galeriste, c’est que les œuvres sont tirées à 8 exemplaires plus IV épreuves d’artiste. Alors voilà j’ai hâte que la fonderie ré-ouvre ses portes après les fêtes et travaille au deuxième taureau ! Vous ne manquerez pas d’être séduits !