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Carnet d’Art N°5 – 6 oct 2015

Mises en lumière, les lignes saillantes se mêlent aux tendres courbures de la matière révélant leurs âmes à ceux qui cherchent à percer le mystère.

Quelles sont vos influences ?

Il m’a fallu sortir des bases très académiques des Beaux-Arts et oublier ce que j’avais pu apprendre pour repartir sur de nouvelles options. Dans le monde dans lequel nous vivons, nous percevons énormément de choses, nous sommes comme des éponges mais il faut savoir se remettre en question et s’engager ailleurs. Il ne faut pas hésiter à prendre des risques. Des artistes aux sensibilités très différentes m’ont influencé comme Michel-Ange ou Alexander Archipenko. Je pourrais également citer François Pompon, sculpteur animalier du XIXème siècle, qui a synthétisé les formes en les travaillant de manière très sobre avec des lignes épurées. Je trouve ses œuvres extraordinaires car à cette époque, il a pris des risques terribles et n’a été compris que bien plus tard. Certains m’ont montré une voie, d’autres m’ont donné des indications telles des clés de langage. Je trouve de la force en eux, ce sont des locomotives.

Êtes-vous en avance sur votre temps ?

Je ne me pose pas cette question, je suis un fil qui n’est pas tracé d’avance et prends des routes différentes. Je suis passé du figuratif très réaliste à des formes plus cubiques ou géométriques. J’ai besoin de changement, de voir autre chose et d’aller ailleurs. Très souvent, le travail me pousse et la matière me guide car elle va changer la technique de travail. Passer de la terre au plâtre, utiliser du grillage ou de la ferraille modifie la consistance, implique de changer d’outils. Cela ouvre donc de nouveaux horizons. J’ai fait un cheminement personnel au gré du vent et de ma fantaisie. Mon travail n’est pas forcément réfléchi, il est instinctif. Les choses trop structurées m’ennuient. C’est pour cela que la terre me convient parfaitement car c’est un matériau qui permet le travail spontané, que l’on peut structurer et déstructurer et avec lequel on peut changer d’idée en cours de route.

Quel est votre rapport au corps ?

Je suis très attiré par l’expression du corps car je trouve en elle une part d’infini. On peut faire des compositions extraordinaires, c’est une source inépuisable. Mon travail avec les corps est basé sur l’architecture, l’ossature, les attaches musculaires, tous ces éléments font qu’un corps est très équilibré et relativement parfait. Lorsque j’ai commencé mon thème sur les sumos, j’ai eu besoin de faire des choses très réalistes. Il m’a fallu comprendre comment placer les muscles et rajouter la graisse. Les combats de sumos ne durent qu’un bref instant mais durant lequel toute l’énergie est concentrée. Les prises sont tendues et même s’ils sont gras, les muscles avec toute leur densité et tonicité se voient. Le mouvement de la graisse crée des déformations et une distorsion des chairs qui me plaisent.

Qualifieriez-vous votre travail comme une expérience solitaire ?

Je pense que je fais partie des ces artistes qui sont un peu comme des écrivains face à une page blanche. Je ne me préoccupe pas de savoir si mon travail va plaire ou non, je pars dans mes rêves. Lorsque j’ai un déclic, je pars tête baissée. Je sculpte pour me faire plaisir. Les regards extérieurs sont souvent très différents de l’état d’esprit dans lequel j’ai pu être lors de la création mais quand le travail est terminé, il ne m’appartient plus. J’essaie simplement d’insuffler une âme, une vie intérieure à la matière.