Harmattan - 40, Rue St Jean 74120 MEGEVE FRANCE - Tél. +33 (0)6 67 01 93 81

L’anti pop’art

Cela fait des années que je cherche l’originalité dans la représentation. Ce n’est pas facile de sortir de ce que l’on connait par l’Histoire de l’Art ou de ce que l’on voit dans les galeries. Selon moi, les nouveaux matériaux ne supporteront pas l’épreuve du temps et nous aurons tôt fait de délaisser les sculptures brillantes, sans forme, sans détail, sans richesse. Il y a indéniablement une volonté de gaité, sans doute un contre point à notre époque. Et pourtant, dans le coeur de l’acheteur comme du vendeur, l’art s’il n’est pas sérieux, « n’est pas de l’art ». Alors on colle le discours éculé du pop art sur n’importe quelle œuvre en couleur trop légère pour supporter la critique. C’est la mode, juste la mode! C’est une facilité et tout le monde tombe dans le panneau du merchandising.

On en oublie même ce qu’était le pop’art (une dénonciation de la société de consommation) pour ne plus retenir que sa dérive diamétralement opposée (l’accessibilité de masse à l’art) le tout en aplats de couleurs gaies et sans autre réflexion. « C’est du pop’art » et voilà que la pièce est adoubée ! on frôle le ridicule ! surtout quand les prix sont aussi à l’avenant, « justifiés » par le souvenir et la caution d’un art qui vécut il y a quarante ans. Le pop’art est passé, et ce qui se produit aujourd’hui que l’on vend pour du pop’art n’est qu’une redite purement commerciale, sans aucune épaisseur.

L’art est quelque chose qui nous touche et pas seulement qui nous plait. L’art est une vibration qui rayonne autant qu’elle nous rentre dans le ventre, pas un baume ni une décoration qui arrange la misère intellectuelle.

A l’heure du revival du pop’art, les œuvres de Daniel Favre sont de l’anti « pop’art-actuel », de l’anti-mode, de l’anti-temporel. Ses sculptures sont fortes, un concentré de tensions. Elles ne sont pas belles pour être belles, ni pour être vendues en masse. Elles sont belles parce qu’elles sont uniques, denses, réfléchies… le fruit d’une pensée et d’un geste ; parce que chaque ligne est un choix et surtout pas un compromis. Le beau comme la pensée sont intemporels. Et assumer cela aujourd’hui, pour un acheteur comme pour un vendeur, est un gage pour l’avenir.

Il faut accepter de ne pas aimer toutes les choses qui appartiennent à une mode, comme il faut revendiquer d’aimer celles qui nous touchent. Il faut oublier les discours du vendeur commissionné, et se recentrer sur son propre regard, sa propre émotion, se laisser aller à ressentir pleinement ce qui se passe dans notre ventre lorsque l’on est face à quelque chose de beau, de bien construit, sans se laisser parasiter par le bruit. Car le bruit passera. Et ce qui est solide restera.

oeuvres disponibles de Daniel Favre