Galerie Harmattan

40, rue Saint Jean 74120 Megève FRANCE

Tel. +33 (0)6 67 01 93 81


"Solar Echo" est une oeuvre d'art cinétique connectée... des mots qui font irrémédiablement "art contemporain" dans la bouche d'un galeriste, pourtant l'oeuvre bien que technologique est avant tout une oeuvre interactive, voire poétique:

En effet, chacun passant devant la sculpture remarquera aussitôt son propre reflet dans l'oeuvre... et s'en amusera. Qui lèvera les bras, qui sautera sur place... l'oeuvre extrêmement rapide retranscrit avec une vitesse de 50 images/seconde le moindre sujet qui passe dans le champ de ses capteurs de mouvement et de profondeur.

Mais cela n'est pas tout, et cela même serait bien peu si le collectif Breakfast n'avait pas été bien au delà du miroir! L'oeuvre "Solar Echo" est avant tout une représentation de l'activité solaire.

Chaque éruption solaire génère un vent solaire qui est mesuré par l'index KP. Les vents solaires sont visibles à l'oeil nu sous la forme d'aurores boréales. Ici, il sont affichés à mesure qu'ils arrivent sur la Terre, sous forme d'ondes concentriques. Elles peuvent être nombreuses ou éparses... larges, faibles. Leur fréquence ainsi que leur force font varier le contraste du miroir qui réfléchit le spectateur.

Ainsi, plus l'activité solaire est importante plus la représentation que l'on a de soi évolue. Une interaction tripartite en quelques sortes, où la nature dicte sa loi.


L’œuvre esthétique que notre regard perçoit au premier abord.

L’œuvre également avec son corps vieux de 300 ans.

L’œuvre aussi, avec l’Histoire particulière d’un territoire qui draine depuis 1500 ans les vicissitudes de l’Europe et du Monde.

L’œuvre enfin avec ses aspirations contemporaines et créatives.


Tout d’abord, il y a la beauté immédiate : finesse des traits, douceur de la patine, grain du ciseau… ces visages humains, ces « gueules » taillées avec force de caractère et pourtant pleines de finesse : regards, lèvres et nez… pommettes, fronts et mentons… des visages, des caractères. La beauté.

Bien sûr le choix du matériaux confère à l’artiste le support de sa technique… et les peupliers agés de 300 ans dont sont faites les sculptures d'Emmanuel Bour ont une histoire à part entière qui ancre profondément ce travail dans l'Histoire de la Moselle où vit et travaille l'artiste. Mais ce biais serait bien réducteur si on se limitait à l’extraordinaire chance pour un artiste de sculpter un matériau si rare. Car ce serait omettre le sculpteur par lui-même et l’œuvre qu’il réalise : avec ces arbres exceptionnels, l’artiste a le devoir moral « d’en sortir » des pièces tout autant exceptionnelles.

Et qui de mieux qu'Emmanuel Bour pour leur rendre hommage?!

En effet, le bois des sculptures provient d'un alignement de peupliers multi séculaires qui fut planté au tout début du XVIIIème siècle pour joindre le Haras de Sarralbe en Lorraine. En 2016 certains arbres furent coupés et poursuivirent ainsi leur existence sous le ciseau de l'artiste avant de rejoindre les expositions qui continuent de les faire vivre : Paris, Bordeaux, Nantes, Megève, Brugg en Suisse.

Ces arbres qui ont vu les frontières bouger au fil du temps, les franchissent à présent. Et au-delà de les franchir par leur présence dans des expositions ou les collections étrangères, l’œuvre par elle-même est un plaidoyer de l’ouverture : « La fiancée Peuhl », « Jeune Homme »… chacune de ces pièces nous raconte l’histoire d’un ailleurs proche ou lointain. Proche ou lointain géographiquement, mais historiquement également. Ils sont autant de références à des cultures du passé mais aussi du présent. Ils sont l’imaginaire d’un artiste et la richesse de Notre Monde. Non seulement Emmanuel Bour invoque dans ces sculptures les croyances et les civilisations autres, mais également il y intègre ses propres repères sous les traits du dessin d’Enki Bilal par exemple (« L’homme à tête de clous ») ou encore avec l’usage d’une patine pâle comme dans la statuaire médiévale.

L’œuvre (au masculin) du sculpteur est riche, foisonnant, profond, doté d’émotions et nourri par des sentiments en même temps qu’une technique. L'oeuvre et l'arbre étaient faits pour se rencontrer.


L’artiste lui-même parle de son travail comme d’un accouchement : son geste donne corps à tout ce qui est enfoui en lui. Dans l’ouvrage, nait la sculpture, sa forme bien sûr... mais aussi tout ce que ses doigts diligents imprègnent au cours du temps-long de la taille, du ciselage, du ponçage, de la patine… cet espace chargé où son esprit guide le geste et où nait in fine l’œuvre.

Alors l’artiste s’efface de la sculpture qui vit par elle-même ; il s'efface en amont du travail patient qui l’a fait naître ; en amont de l’arbre qui a grandi jusqu’à avoir ce diamètre pouvant atteindre 130cm ; en amont de la noblesse qui a planté ces peupliers il y a 300 ans… en amont, il y a plus d’un millénaire, de cette région, berceau historique de tout ce qui a généré de guerres effroyables et façonné notre monde actuel. Regarder ces sculptures c'est effleurer ce passer. Et travailler ce bois sous cette forme altruiste est probablement la charge la plus forte que pouvait offrir l’artiste en hommage à l'Histoire. La beauté immédiate de chaque buste n’en est que plus grande.


Pour rappel (et pour être très bref), si les peupliers ont vu les frontières se déplacer au cours de leur existence, l'Histoire bien plus profonde de cette région trouve ses racines dans le Royaume de Clovis 1er (466–511). L’appartenance de la Lorraine à la Gaule, prévaut alors jusqu'en 843. En effet à la mort du petit-fils de Charlemagne, Louis le Pieux, le Royaume est partagé entre ses trois enfants. Cette date est souvent présentée comme la dissolution de l’empire Carolingien et fixe un premier découpage par de nouvelles frontières « intra européennes », ou intra carolingiennes pour le moins. L’ouest qui deviendra la France. Le centre : la Francie. A l’est : la Germanie.

Au cours de cette même génération le royaume central (la Francie) est disputé par le roi de France (Charles le Chauve, venant de l’ouest) qui s’en arroge une partie ; ainsi que par son demi-frère, le roi de Germanie (Louis le Germanique, venant de l’est). S’en suit en 870, le-dit traité de Meerssen qui détermine le partage du royaume « perdu » de Francie.

C’est ce traité, conclu en spoliation entre Charles le Chauve (à l’ouest) et Louis le Germanique (à l’est) qui contient en germe toutes les vicissitudes au kilomètre près que ce coin de terre devra subir pendant des siècles (la perte de l’Alsace-Lorraine en 1870, la Grande Guerre en 1914 qui devient Mondiale). Et c’est sur ces mêmes terres originellement carolingiennes, puis déchirées par les guerres, qu’on poussé ces peupliers pour devenir bien plus que des arbres : des êtres sans frontières portant en eux des espoirs et des horizons nouveaux.


Emmanuel Bour n’offre pas à voir un art « tape à l’œil » où la mécanique fabrique une œuvre à sa place. Ce que l’on ressent en regardant les bustes d’hommes et de femmes de ce sculpteur contemporain, c’est son travail, son geste sa pensée… une densité renforcée par le matériau séculaire.

Sa position dans la création contemporaine est « réaliste et nomade » en ce sens que l’esthétique que l’on perçoit est chargée par l’intérieur des nombreuses cultures que l’artiste traverse. Il ne montre pas la douceur du métissage, mais au contraire la richesse accrue des caractéristiques qui s’additionnent. On ne peut qu’être saisis face à « l’homme à tête de clous » sculpté avec les traits puissants de l’illustration, avec sur sa poitrine « un coffre à matières magiques », la patine blanche qui le soustrait du Congo et les clous qui l’y ramènent, sans parler de cet arbre agé de trois siècles… Il y a bien plus qu’un personnage qui semble ethnique : il y a une vision ! il y a un manifeste qui montre l’humain, la beauté humaine dans sa diversité et surtout dans sa complexité.

Curieusement cette beauté que l’on regarde, nous interpelle. Elle n’est pas seulement belle. Elle est puissante. On scrute cette beauté dans l’œuvre d’art car elle nous renvoie à nous-même, à nos origines combinées. La statuaire d’Emmanuel Bour, à tout bien réfléchir, est à l’image de ses arbres, elle est à l’image de cette terre de France, d’Europe et du Monde : nous sommes riches d’un terroir complexe et de notre histoire chaotique. Nous sommes riches de nos cultures additionnées.

L’artiste a choisi des visages dignes. Sans simagrées, sans condescendance... sans soumission ni arrogance. Comme une authenticité assumée. Chaque sculpture semble dire : « je suis moi, avec mes origines multiples. » Chacune nous renvoie à nous-même : nous sommes face à nos égaux. Nous sommes face à nous-même. Et nous sommes beaux tels que nous sommes.


L’œuvre d’Emmanuel Bour est riche. Chaque sculpture intime la nécessité d’aller entre les couches, de fouiller les détails et les références… de se poser la question de l’origine de la beauté. Chaque sculpture offre à voir un être construit de cultures et de symboles qui n’est autre que notre alter égo.


L’œuvre donc, que notre regard perçoit avec tout ce qui vibre en dedans de culture et de richesse, de croyances et d’espoirs.

L’œuvre également avec son corps (son matériau) vieux de 300 ans.

L’œuvre aussi avec l’Histoire particulière d’un territoire qui draine depuis 1500 ans les vicissitudes de l’Europe et du Monde.

L’œuvre enfin avec ses aspirations contemporaines créatives.

Voilà la statuaire d'Emmanuel Bour.

Les oeuvres du collectif Breakfast sont captivantes. Qu'il s'agisse des plus petites comme des plus grandes: toutes interagissent avec le spectateur comme avec le Monde. Un double échange qui est cher aux concepteurs de ces pièces.

D'une part elles sont connectées en temps réel au Monde et à des données spécifiques, ce qui offre une visualisation artistique de données techniques. Ainsi on peut percevoir des phénomènes climatiques comme dans la série de pièces uniques "Climate Change".

D'autre part elles interagissent avec le spectateur en reproduisant sa présence et ses mouvements.

Chacune des oeuvres fonctionne simultanément sur ces deux canaux. Lorsque l'on s'approche c'est le miroir qui prend le pas sur la représentation des données techniques et lorsque l'on s'éloigne, ce sont les données techniques qui reprennent le pas.


Les grandes pièces, les "Brixels", sont les oeuvres monumentales qui interpellent par leurs dimensions autant que par la poésie qu'elles dégagent. On les trouve exposées essentiellement aux Etats-Unis : l'Hudson Yards à New-York, ou chez Christies New-York.

Les "Flipdiscs" eux, sont exposés partout dans le Monde et pour la première fois en France à Megève. Il s'en trouve notamment dans la collection permanente du WNDR Museum de Chicago. On les a vus au siège de Google à Moscou, à Art Basel Miami, au World Trade Center à New-York...


Et loins de s'arreter là, les projets de Breakfast sont foisonnants dans les ateliers de Brooklynn : des oeuvres sphériques ont été imaginées comme des igloos mouvants, des pans de mur entiers tel des cascades en briques d'inox ont été installées...


Le rapport à l'image est ici une évidence. L'image de soi au travers du miroir mais aussi l'image du Monde.

Les oeuvres du collectif Breakfast interpellent, de toute évidence.