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Loreleï

sculpture en bronze

largeur 60 cm

profondeur 35 cm

hauteur 70 cm

date de création 1995

Livio BENEDETTI - Sculpteur d'Âme

"Sculpteur d'Âme"... cette formule interroge sur l'usage du singulier plutôt que du pluriel. Renaud Capuçon, qui l'employa dans la préface d'un livre dédié à Livio BENEDETTI, signifie une chose simple et profonde : Livio est un sculpteur dans l'âme. Tout ce qu'il est, est lié de près ou de loin à la sculpture.

Ceux qui l'on connu, savent que l'homme pesait chacun de ses mots, qu'il était aussi précis dans son langage que dans son oeuvre. Et pour ainsi dire, ses sculptures que l'on regarde sont un langage, son langage. 

Livio BENEDETTI a souvent illustré ses pensées par le biais de grands mythes.

Cette sculpture représente Loreleï de la mythologie germanique. Cette nymphe postée sur un rocher dans un méandre du Rhin envoutait les marins par la beauté de son chant et faisait sombrer leur navire.

Cette sculpture est un syncrétisme de Livio BENEDETTI au travers de la douceur, la rondeur, l'abrupte, l'angle, le féminin et le masculin, la muse et l'artiste, la beauté et le pragmatique. Ici une dualité présentée comme irrémédiable sous le couvert d'un simple nom "Loreleï".

En dramaturgie il s'agirait d'une tragédie "à la grecque" : tous les éléments sont agencés pour diriger notre réflexion en ce sens. La délicatesse des mains en porte-voix. Précision du geste mimé, comme précision du langage : Livio mime la puissance du chant de Loreleï, bien que sa posture nonchalante (les coudes posés sur les cuisses) signifie un acte non intentionnel. L'artiste montre ainsi le caractère innocent de la jeune fille. En même temps, les mains sont positionnées de telles sortes qu'elles ne peuvent appartenir à la même personne. Qui est  le double de Loreleï? L'artiste lui-même, ou alors le destin qui transcende le mythe... 

En dramaturgie ce porte-voix définirait l'Unité de Temps (le présent : le moment du chant ou de la parole). Dans les tragédies grecques cela serait une pantomime qui annonce le déroulé de l'histoire. En allant du haut vers le bas, tel que l'on décrirait une personne, notre regard longe la courbe exagérée du dos comme la boucle du Rhin où se trouve assise la mythique Loreleï. Unité de Lieu.

Plus loin encore on découvre la complexité du drame. Une jambe rectiligne, "prosaïque", qui plonge, lourde, entremêlée à celle, "féminine" de la nymphe. Dans le mythe de Loreleï, chaque marin se perd dans cette récurrence inéluctable du chant qui l'envoute. Est-ce l'absolu de beauté ou de perfection qui fait oublier la raison, s'agit-t-il bien d'une nymphe et de marins, ou alors de femmes et des hommes, de muses et d'artistes? Les uns et les autres en tout cas sont liés dans une fatalité toute dramatique. Car, quelle que soient les intentions réelles de Loreleï, son chant finit toujours par faire chavirer le navire des marins envoutés. Unité d'action. Destin. Fatalité... comme si, quoi que l'on fasse, la beauté ne peut s'empêcher de perdre ceux qui veulent trop s'en approcher.

Comme tous les mythes, celui de Loreleï met en abîme notre condition humaine. Il s'agit d'une expérience qui se transforme en enseignement. Livio BENEDETTI illustre ici la beauté comme un élément destructeur. La beauté n'a aucune volonté de faire du mal. Mais la poursuivre conduit à la perte de soi.

Quelle prise de conscience poignante, terrible et funeste pour un artiste! , là ou traditionnellement la beauté représente une émulation. 

Il s'agirait presque d'un renoncement désespéré, s'il ne s'agissait pas de l'illustration de la complexité de la créativité.

Car cette double main, peut-être est-ce celle de l'artiste qui nous dit qu'il sait très bien ce qu'il pense sur ce sujet et ce mythe de Loreleï. Livio s'insinue en elle et parle avec elle. Il se place en toute conscience aux coté de Loreleï comme la seule voie de son propre salut. Et cette jambe "prosaïque" est celle du bâtisseur qui va de paire avec celle de la beauté... recherchant un équilibre toujours en défaveur de l'artiste en quête de perfection.